mardi 22 août 2017

*Hier soir je suis tombée amoureuse d'Amedeo Modigliani....







 Je suis Jeanne Hébuterne - Olivia Elkaim - 

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 CHAPITRE  1
 Décembre 1916
 "Hier soir je suis tombée amoureuse d'Amedeo Modigliani.

 Je descendais l'escalier étroit de l'académie Colarossi. Un vent  glacé soufflait par les vasistas ouverts.
 J'étais pressée de rentrer. Maman déposerait le faitout en fonte au  milieu de la table. Papa réciterait le bénédicité avant qu'elle nous  serve. Nous mangerions dans un silence rythmé par nos mastications. Puis, je m'allongerais sous le plaid en mohair et  contemplerais la buée lentement recouvrir les vitres du salon.
 Soirée calme.

 Je l'ai croisé dans la pénombre.

 Je portais mon carton à dessin dans une main, mon manteau et mon châle en laine dans l'autre et, sous le bras, la  mallette en bois verni dans laquelle je dispose mes tubes de gouache.
 Ce que je peux être pataude.
 Depuis toujours, mon corps m'embarrasse. Je ne sais pas où ranger mes bras ; je dodeline de la tête en m'évertuant à  ne laisser paraître aucune émotion ; et puis, la position des hanches, mes genoux cagneux, la grosseur de mon  ventre ... Aucune grâce! Je me maintiens un peu en dedans, les épaules rentrées, espérant qu'on ne repère pas mes  défauts, souhaitant parfois même m'effacer.
 On me dit blonde. On me dit brune. Personne ne me voit jamais telle que je suis.

 Hier soir, j'étais tellement chargée que je ne pouvais pas m'agripper à la rambarde.
 Je me disais, Jeannette, pose un pied devant l'autre, comme si je m'essayais à la marche pour la première fois. Un vrai bébé! Allez, un pied devant l'autre, tiens l'équilibre. Il m'aurait fallu une main amie pour me guider, maman,  mon frère André.

 De l'obscurité, une masse a surgi.
 – Tu parles toute seule ?
 Les élèves se bousculaient autour de nous, et le bois sec des marches craquait sous leur passage. Une cohorte de  jeunes filles attendaient là, adossées à la rampe en cuivre. Certaines ouvraient discrètement leur manteau,  soumettaient leur corps nu aux mains calleuses des artistes. Mes seins pour trois sous, un plat chaud.
 Mais nous étions comme seuls, face à face.

 J'ai d'abord remarqué l'écharpe rouge à grosses mailles de laine. Puis le pantalon, le gilet et la veste de velours  marron, élégants mais maculés d'éclats de peinture jaunâtre. Enfin les mains larges, les doigts sales, les ongles sous  lesquels se logeaient des croûtes terreuses.
 Des sourcils fournis, un regard noir et impérieux.
 J'ai baissé les yeux en croisant les siens.
 – Regarde-moi!

 Ce tutoiement.
 – Regarde-moi, principessa.
 Il ne manque pas d'air, ce type, me suis-je dit avec le même ton pincé qu'André utilise quand il est contrarié, et mon  pied droit a raté une marche.
 Je suis tombée dans un bruit sourd.

 Mon corps était chiffonné par terre, les tubes de gouache évadés de leur mallette, mon carton à dessin ouvert, le  contenu éparpillé. Mes crayonnés au fusain, mes aquarelles, tout était là, dispersé, même les petites œuvres de  mon brother, celles qu'il m'a confiées avant de partir au front.
 – Je suis Amedeo Modigliani, a-t-il dit en se baissant à mes côtés.
 Une onde chaude m'a parcourue, une honte huileuse que cet homme voie mes dessins et les raille avec ses amis  artistes et les professeurs de l'académie. Je les entendais déjà graillonner, « Les filles qui font de la peinture, c'est  pire que les peintres du dimanche. Elles ne domptent pas leurs nerfs, comment pourraient-elles maîtriser un  pinceau? » D'ailleurs, il a éclaté de rire. Son corps se déployait près de moi. Ses cheveux exhalaient une odeur de  tabac et d'essence de térébenthine.
 – Je te ramasse ça et on se retrouve demain, ici, à la même heure. Ne prends pas froid.

 Amedeo Modigliani m'a aidée à me relever, à rassembler mon matériel et à enfiler mon manteau. Puis, manu  militari, il a enroulé son écharpe autour de mon cou. Mes nattes se sont mêlées à la laine et, soudain, son parfum  suave se mélangeait au parfum ambré sur ma peau.
 J'étais anéantie.

 * * *
 Il a bien fallu rentrer.
 Longer les terrains vagues de la rue Notre-Dame-desChamps, à peine éclairée par les flammes bleuâtres des  réverbères.
 Avancer malgré les ombres, la peur qu'un détraqué ne m'égorge et ne dissimule mon cadavre derrière une palissade.
 Saluer la statue du maréchal Ney devant La Closerie des Lilas.
 – Bonjour bonjour, prince de la Moskova. Une balle s'est logée dans mon cœur il y a dix minutes. Maintenant, mes  côtes se fissurent dans une chaleur volcanique. Ça castagne, ça reflue dans ma gorge.
 Je ne sais plus comment je m'appelle.
 Je ne sais plus qui je suis.

 J'aime converser avec les statues, les bronzes monumentaux de Rodin comme les reines sans lustre du jardin du  Luxembourg. Leurs organes sont chauds, vivants sous l'airain ou le plâtre. Les mots affleurent à leurs lèvres closes.
 – Je suis tombée folle d'Amedeo Modigliani, et je détache les syllabes de son prénom et de son nom, A-mede-o-  mo-di-gli-a-ni.
 – Un coup de foudre, a tonné le maréchal Ney depuis son piédestal. Va, fillette, continue ton chemin, et vis.
 De son sabre dégainé, il m'a indiqué le Val-de-Grâce, la rue Gay-Lussac, la rue d'Ulm.
 Le froid ralentissait mon pas et gelait mes pensées.
 Les coups de foudre, ça n'existe que dans les romans.
 Les coups de foudre, ça n'existe pas.
 J'ai fini par arriver rue Amyot.

 Te voilà dans de beaux draps, ma Jeannette.
 La voix rocailleuse de mon frère André, dans un ressac, recouvrait la mienne.

 Avant de pousser la porte de notre appartement, j'ai dissimulé l'écharpe dans la manche de mon manteau. Bouche  close, regard impassible, j'ai pris un air de rien.
 Les parents avaient commencé à dîner. Je me suis assise. J'ai déplié la serviette sur mes genoux. Ils m'observaient  en silence. J'ai roulé mes nattes sous mes oreilles, il fallait bien occuper mes mains.
 – Tu es en retard, Jeannette. On n'aime pas que tu traînes seule dans les rues.
 Maman allait ajouter, Tu es une jeune fille, une toute jeune fille, entre ses dents crispées. Je me suis concentrée sur  les mastications de papa et le tic-tac de la pendule en loupe d'orme, posée sur la cheminée.
 – Tu n'as que dix-huit ans.
 La petite aiguille, sur le cadran, rattrapait la grande.
 Il allait sonner dix-neuf heures.
 Rien pu avaler.

 On dîne tôt car papa ouvre à l'aube.
 Il fait encore nuit quand une loupiote vient éclairer la devanture de la mercerie-bonneterie, où son nom, « Achille  Hébuterne », s'affiche en lettres penchées.
 Après le repas, il fixe du sparadrap anti-bombardement sur les vitres. Il le retire chaque matin. Précaution inutile  car, à Paris, nous sommes préservés de cette guerre.
 Puis il feuillette des livres à couverture cartonnée. Murmures bibliques, textes de l'abbé de Lamennais.
 Quel ennui, quel ennui!

 Avec maman, on tricote en silence.
 Je confectionne mes propres vêtements – des robes à col carré, des manteaux évasés, de longs gilets qui permettent  de dissimuler les formes de mon corps. Il y a quelques jours, j'ai fabriqué un poncho qui me donne l'apparence  d'une squaw.
 Je ne me trouve pas jolie-jolie, alors je me donne un style.

 Hier soir, j'ai prétexté la fatigue pour me retirer dans la chambre. Je me suis couchée, tête posée sur l'écharpe  d'Amedeo Modigliani.
 J'ai fermé les yeux pour revivre la scène, et tout m'est revenu avec l'exactitude d'une amoureuse.
 C'était délicieux.
 C'était réel.
 J'ai enfoncé mon nez dans la laine et prononcé son nom, comme si je pouvais le convoquer près de moi, dans ma  chambre de jeune fille.

 Mes parents, mes cousins, André surtout, m'appellent tous Jeannette, Nénette ou « Noix de coco » à cause des  veines qui affleurent à la surface de ma peau et me donnent un teint d'anémique.
 « Principessa ». J'ai tenté de me rappeler la tessiture de sa voix, sa musicalité délicate.
 Mais tout cela m'échappait.
 Amedeo Modigliani disparaissait avec la nuit.

 * * *
 Au petit matin, je pense à toutes ces choses à faire, ces choses minuscules.
  Passer quai Voltaire, chez Sennelier.
 Acheter un nouveau chevalet.
 Des carnets.
 Tricoter des gants pour mon frère.
 Décorer le grand sapin près des grilles de notre maison, à Galluis. Peindre des clémentines de couleurs vives, les  accrocher aux branches, déployer des guirlandes.
 Poser des santons sur les bûchettes.
 Et la crèche. Sortir délicatement les figurines de la boîte en bois, retirer le papier journal, passer un chiffon, les  disposer dans l'entrée, allumer une bougie.
 (Quelle barbe!)

 Maman insiste pour que je vienne à Galluis. Elle veut que je rencontre l'abbé Quaillet, voire, horreur! horreur! que  je me confesse. Mais confesser quoi? Rien à dire, moi.
 Elle m'implore, C'est bientôt Noël, ma chérie, me menace sur tous les tons, Fais-moi plaisir enfin, de qui tiens-tu ce  caractère, tu n'as pas le choix, il faudra bien que tu viennes de toute façon.
 Moi, j'ai décidé que je n'irais pas.

 * * *
 Le ciel s'ennuage et grisonne au-dessus de la rue Soufflot, se confond avec les toits des immeubles.
 Je traverse le boulevard Saint-Michel d'un pas dansant, me rapproche de la porte Vavin et de l'académie Colarossi  où Amedeo Modigliani m'attend.
 Je ne marche plus. Je flotte quelques centimètres audessus des pavés. Elle m'inquiète, cette démarche chaloupée de  femme mûre, cette sensation de légèreté.
 Mes pensées papillonnent.
S i je me concentre, je m'entends me parler à moi-même. Je me dis « Je », je me dis « Tu », et là, maintenant, en  entrant dans le jardin du Luxembourg par la grille principale, alors que les platanes défeuillés forment une haie  d'honneur pour ma petite personne, je me fustige, Jeannette, Jeannette, tu n'es pas faite pour l'amour.
 Je ne cesse jamais de murmurer du même ton presque atone, si bien que les gens, de Vavin à Port-Royal, se  retournent sur mon passage et, parfois, se moquent.
 Qu'ils pensent que je suis folle, je m'en fiche!
 Je veux vivre. Je veux peindre. Je veux être moi.

 * * *
 D'habitude, je fuis l'amour.
 Qu'un homme m'approche, vante ma peau diaphane et les nattes cuivrées qui descendent à mes genoux, et je lui tourne le dos.
 J'aime la tranquillité, redoute l'inconstance des sentiments. Non que je l'aie expérimentée à mes dépens, mais je l'ai  lue dans les romans. Les tocades, les soubresauts des longues passions, ce n'est pas pour moi.

 Si maman avait seulement conscience de mon état, de cette transe, elle assènerait :
 – Tu sais, les hommes, ma fille ...
 Sans terminer sa phrase, me laissant imaginer les horreurs dont ils sont capables en toutes circonstances. Cruauté,  absence, abandon, lâcheté, égoïsme, duplicité, bellicisme.

 Mais que sait-elle des hommes, Eudoxie Hébuterne? Mariée à dix-neuf ans, enceinte quelques mois plus tard,  naissance d'André, puis de la mienne, quatre ans plus tard. 1893, 1894, 1898, trois petites dates, une vie foutue,  engoncée dans la bonne morale catholique, celle de l'abbé Quaillet et de ses ouailles qui commentent les  homélies, ad libitum, sur le parvis de l'église, chaque dimanche.
 Maman ne sort jamais, à part pour sa messe du matin, remplir notre garde-manger, et se rendre en train à Galluis,  au bras de papa. Je ne lui connais aucune amie. Ses seules fréquentations : les bigotes de la paroisse Saint-Étienne-  duMont, à quelques rues de chez nous. Elles préparent des colis de confitures pour nos soldats et organisent des  ventes de charité au profit des indigentes dont les maris sont sur le front.
 Eudoxie ... La « bonne doxa », la bonne réputation, ma mère, ma mère tenante de la bonne morale et de la vérité,  enfermée dans ses principes. Héritière d'un prénom grec et rare, porté par une prostituée de Baalbek au II siècle,  convertie dénoncée par un client. Décapitée.

 Paupières turgides, chignon strict : maman porte sur le visage un perpétuel air de résignation. Depuis qu'André a été  mobilisé, sa chevelure charbonneuse a blanchi.
 Elle était tellement plus gaie autrefois. Elle chantonnait en préparant les repas, bouh-douh-ba-douh, coup de couteau au cœur de l'oignon. froufrou polka, épluchures et rondelles de pommes de terre.
 Même sa violence a disparu, la fureur qui déformait son visage, ses mots qui soudain surgissaient et  m'anéantissaient, Mais qui m'a donné une fille pareille?, la gifle pour me remettre à ma place, Celle-là, tu ne l'as  pas volée!
 Elle préférait mon frère, sa langue châtiée, alors que moi, moi, je ne disais pas un mot.
 André lisait les mêmes livres que papa, peignait, s'entourait d'amis élégants et bien élevés avec lesquels il allait  boire des cafés liégeois au Rostand, rentrait à des heures convenables.
 Je restais des heures derrière la fenêtre, à regarder la pluie tomber, le soleil revenir et sécher le zinc des toits. J'avais  peur de tout ce qui m'entourait.
 Je ne voulais pas aller à l'école.
 Je voulais lire Zarathoustra, Zarathoustra en cachette, quand je parvenais à échapper à ma mère, à mon frère, à fuir  la maison, une heure ou deux, pour me réfugier à la librairie de la rue Saint-Jacques.
 Où cours-tu donc ainsi? Tu t'en vas comme une voleuse. Ne parle pas aux inconnus, ne prends pas froid, ne rentre  pas tard.
 Je dévalais les cinq étages, traversais le quartier, bousculais les vieilles dames. Je poussais la porte de la librairie,  une clochette tintait. Je m'asseyais par terre et un homme gris m'apportait un exemplaire, toujours le même, Il  faudra songer à l'acheter, mademoiselle. Mais je repartais les mains vides après lui avoir lancé un sourire gêné. Je  n'avais pas d'argent mais je reviendrais bientôt, promis.
 Je ne voulais pas suivre maman au marché de la place Monge, ni faire le ménage.
 Je voulais peindre comme mon frère.
 Je ne voulais pas me lier d'amitié avec les petites voisines, des cruches, mais rester à la maison, enfermée quand il y  avait trop de soleil, me promener sous la pluie, monter à cheval, me lover dans les bras d'André, y disparaître,  comme si j'étais une partie de lui.
 J'insupportais ma mère.

 D'un trait vif, sur une feuille volante, je saisis son regard triste.
 Elle relit une énième lettre d'André. Il n'a pas obtenu de permission pour Noël. Le silence s'emplit des lamentations  lugubres de maman, comme si un militaire se présentait au cinquième étage de notre immeuble, rue Amyot, pour  nous annoncer sa mort au combat et rendre ses objets : son carnet à dessin, ses fusains, son chapelet bénit par le  pape et une photographie de moi, ce portrait du printemps 1914 qu'il adore. J'ai pourtant l'air d'une morte. Ma tête  est ceinte d'une calotte noire. Mes lèvres, exsangues.

 * * *
 D'autres hommes, avant Amedeo Modigliani, ont bien tenté de m'approcher.
 Dans l'autobus, un dandy m'aborde et me propose un café. Je repère très vite l'alliance à l'annulaire, un pli coupable  à la commissure des lèvres. Je me détourne.
 Un ami d'André m'envoyait des cartes postales du front, Tes yeux sont comme l'Atlantique en hiver / Et mon cœur  naufragé te rejoint sur le rivage. Je gloussais à chaque missive jusqu'à cette nouvelle : tué à Verdun il y a quelques  mois. Corps introuvable (introuvable? Mais comment est-ce possible?).
 Et ce cousin éloigné qui a demandé ma main à papa. Je n'avais même pas seize ans. J'ai décampé au fond du jardin,  me suis roulée dans l'herbe pluvieuse. Maman est venue me chercher, Reviens mon bébé, et elle m'a tenu la main  pour rentrer. Je me suis fabriqué des yeux de démente, paupières mi-closes, pupilles tournées vers le plafond. Si  papa me vendait à ce barbon, je me tuerais. Plutôt morte qu'emprisonnée dans un mariage.

 Les autres, j'avais su les éloigner.
 Mais Amedeo Modigliani, lui, je veux le revoir.
 Le désir s'agrippe à mon corps. La peur, déjà, l'exténue.

 * * *
 Je cours vers lui pour lui rendre son écharpe.
 Combien de fois l'ai-je déjà croisé à l'académie sans le voir? Et pour quelle raison cet homme, dont j'ignorais  l'existence, semble soudain essentiel à ma vie?

 Je retire un à un mes cheveux mêlés à la laine. Je la plie proprement. Je la lui tendrai et il faudra m'en aller vite.
 Merci!
 (Parce que je suis une enfant bien éduquée.)
 Pas de discussion. Pas de justification. Je sais très bien mentir pour qu'on me fiche la paix. J'ai un rendez-vous,  monsieur Modigliani, un rendez-vous chez le docteur, je n'ai pas le temps, je vais devoir sauter dans un fiacre au  carrefour Vavin. Je file du côté de Gambetta, le bout du monde.
 Laissez-moi, finirai-je par crier.
 Adieu!

J e grimpe les marches de l'académie quatre à quatre.
 – Avant, je sculptais. Cela m'aide à composer mes toiles, à donner chair aux modèles. Elles deviennent vivantes. On  voudrait les toucher, sentir leur peau vibrer sous la paume.
 Il n'a pas terminé de donner son cours".

 Je suis Jeanne Hebuterne

 Olivia Elkaim

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dimanche 20 août 2017

Jeanne raconte Jeanne (Guy GILLES)





Un document inédit sur Jeanne Moreau découvert sur la toile.....
 intéressant.


 Den







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mercredi 16 août 2017

*Trouver ton éternité...






"Tu dois vivre dans le présent, te lancer au-devant de chaque vague,
 trouver ton éternité à chaque instant".

Henry-David Thoreau


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Je souhaite à chacun, chacune d'entre vous,
une très belle journée 
en vous embrassant.


Den


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mardi 8 août 2017

*Tenir.....

Sillon de Talbert dans les Côtes d'Armor
Photo Faby

Tenir

"Tout ce qu'on a tenu
Dans ses mains réunies :

Le caillou, l'herbe sèche,
L'insecte qui vivra,

Pour leur parler un peu,
Pour donner amitié

À soi-même, à cela
Qu'on avait dans les paumes,

Que l'on voulait garder
Pour s'en aller ensemble

Au long de ce moment
Qui n'en finissait pas.

Tout ce qu'on a tenu
Dans ses mains rassemblées

Pour ajouter un poids
De confiance et d'appel,

Pour jurer sous le ciel
Que se perdre est facile.

Tout ce qu'on a tenu :
L'eau fraîche dans les mains,

Le sable, des pétales,

La feuille, une autre main,

Ce qui pesait longtemps,
Qui ne pouvait peser,

Le rayon de lumière,
La puissance du vent,

On aura tout tenu"


Guillevic

Dans les mains rapprochées.
(Sphère, 1963, Poésie/Gallimard)



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dimanche 6 août 2017

*Un heureux dimanche !



Image associée

"Va lentement. Ne te hâte pas. Chaque pas t'amène au meilleur instant de ta vie :
l'instant présent"

Thich Nhat Hanh

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Je vous embrasse.

Den


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samedi 5 août 2017

*Comment traduire le mot exact.....

*De là, d'ici, d'ailleurs, de très loin, comment traduire le mot exact......


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De là, d'ici, d'ailleurs, de très loin, comment traduire le mot exact, le plus justement possible, là où la vie est dans son plein épanouissement, mais encore en demi-teinte d'aussi loin.

Les mots m'appellent comme par magie, par jeu.

Hésitante, je cherche, patiente, concentrée.

Je poursuis ma quête mystérieuse, infinie, pour comprendre, dans cet univers à recomposer, lettre après lettre, image après image, j'essaye de les transcrire pour ne pas trahir la pensée, et j'évolue dans ses chemins pourtant sinueux. Encore possible.

Je bondis telle une chevrette gambade dans l'enclos, et j'abandonne les mots, libres à eux de demeurer à jamais sur la page, ou pas, souhaitant pourtant qu'ils parlent pour moi, le mieux possible, d'un temps achevé, mais conservent encore le goût de la vie à transmettre.

Je lis la vie ordonnée dans ces cartes postales presque centenaires, dans ces documents retrouvés, vestiges infinis qui racontent l'histoire de notre famille.

Leur vie est colorée comme un fruit mûr, et je tourne les pages de la mémoire bouleversée par ce temps...

Je n'écorne pas la pensée.
Je dis ce que je lis. Je dis ce que je sens.
Je dis ce que je croie.

Den





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vendredi 4 août 2017

*Entre les fûts serrés....

Entre les fûts serrés d'arbres presque centenaires....



Entre les fûts serrés d'arbres presque centenaires, une singulière végétation s'accroche.
Une touffeur stagnante et moite flotte à travers le sous-bois se mêlant à des parfums insoupçonnés.
L'envol d'un oiseau, la fuite d'un animal apeuré froissent seuls le silence parmi quoi, s'aventure l'étranger, prudent et plein de défiance.
Ainsi va celui qui ne connaît pas la région !
Lieux difficilement accessibles. Ici c'est l'envers de la montagne où se déploie la forêt sous une ombre persistante.
De l'autre côté, l'endroit portait champs et villages, jadis.

Ce sont Dardet. Patane. L'Alibert.

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Un autre jour s'est levé pour Albin Delpech, un jour de plus, mais un jour de moins à vivre, lance-t-il 
plein d'humour, et oui.. ça compte, quand on additionne quatre-vingt-quatre printemps !
Le soleil s'est faufilé entre les montagnes généreuses, et est entré dans le vieux village ensommeillé de
l'Espine, niché au creux de sa verte vallée.
De Lavelanet en passant par Montségur, site moult fois visité, et apprécié, mémoire vivante du catharisme,
et en longeant les Gorges de la Frau, voici l'Espine avec ses maisons, en rue, côté ville et côté campagne, qui s'est frayé un passage le long de la rivière poissonneuse, quelque peu. Un temps.
C'est de là que partent tous les chemins, et Albin n'a pas oublié qu'au bout de celui-ci, rupestre, vivait toute une population, jadis.
En forçant son imagination, il aperçoit les bois de Dardet, où il a vécu de nombreuses années, avec ses parents, puis avec une fille de l'Alibert. Terres devenues stériles sur l'ancienne ferme d'en haut, comme il dit.
Debout, il scrute les alentours de son oeil de lynx. 
Différent des autres, sûrement, on retrouve dans sa silhouette trapue, dans son visage aux traits burinés par le soleil et la vie au grand air, accentués par les années, on retrouve une curieuse ressemblance avec les vieux du village, par quoi se révèle l'âme, également violente et dure. Comme leur vie.
Derrière lui, si loin que le regard porte, l'ensemble obscur de la sylve ondule. Si on veut bien voir, évidemment, si on prend le temps..

Au-dessus de la petite rivière à tétards et à truites, les frondaisons s'étendent, naturellement, se rejoignent, s'enlacent, et l'eau claire descendue des montagnes glisse lentement sous leur  voûte.
Immobile et muet, Albin regarde devant lui, obstinément avec l'espoir de voir soudain crever le voile qui gène les yeux.
Voir Patane d'en bas. Surveiller Patane, Dardet.
Parfois, pourtant, il tourne la tête vers sa montagne dépeuplée, gravement, à l'abri des regards indiscrets, là où il a vécu.
Une rafale souffle dans sa mémoire peu fidèle charriant des nuées qui submergent le souvenir.
Le temps précipite l'oubli, puis entre deux amnésies couleur de montagne, un fuseau oblique filtre encore, badigeonnant le village d'une large tache lumineuse. Patane, Dardet..


Albin n'a rien oublié, ou alors par inadvertance, et si, parvenu au bout de son nouveau domaine, appuyé sur sa frêle canne, il le parcourt de long en large, matin et soir, c'est pour ne pas rendre compte de son inactivité.
L'Espine n'a pas changé, ou si peu.
Des habitations s'échappent toujours les mêmes odeurs entremêlées, familières, qui lui rappellent Dardet.
Les façades, sans fierté, ont conservé leur apparence d'autrefois. Simplement.
Lui, arpente l'unique rue du village, légèrement voûté.
Il aperçoit de loin deux silhouettes floues à ses yeux qu'il ne détermine pas. Est-ce Georges ou Charles ?
Il ne peut le dire, et soudain cette vision distendue lui rappelle une certaine journée des années 1913 ou 1914.
Il doit avoir 7 ou 8 ans.


Den

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