mardi 12 décembre 2017

Yiruma - Wait There [HD Live - 1080p]







Pour chacun, chacune d'entre vous. Et pour Emma en particulier.

Amicalement.

Den


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lundi 11 décembre 2017

The Best Of YIRUMA | Yiruma's Greatest Hits ~ Best Piano




Douce soirée à chacune, chacun d'entre vous.

Je vous embrasse.

Den


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jeudi 7 décembre 2017

* 5 ans aujourd'hui !




Un bel anniversaire Gabri !

Mamy Den.

Un plein de bisous.

Je t'aime.





















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lundi 4 décembre 2017

*Je grimperai et je découvrirai...







 Je grimperai.
 Je découvrirai la lumière au sommet, là-haut, jusqu'à plus soif de beauté.
 Tôt au petit matin, je partirai. 
 Quand le village sera encore entouré de sommeil dans la brume  ouatée d'un          improbable brouillard à couper au couteau.
 Je grimperai légère et fraîche.
 Je me sentirai arapède, accrochée à son rocher - scotchée à la vitre 
de l'horizon- ébahie   comme le paysage, enveloppée par la magie 
ambiante,
 pittoresque ;
 captivant le lieu...
 Le spectacle abritera ses splendeurs.


 Bain de jouvence  à venir.



 J'avancerai vers le sommet encore plus abrupt, plus raide, et contemplerai les 

descentes de lit  du ciel accrochées à l'a-pic.

 Reviendrai et prendrai le temps encore plus, de  regarder et de  voir.



 Je changerai mes habitudes demain...



 Je remonterai la vallée.



 Où étais-je hier ?

 Tout se mêle.

 Bien loin je crois.

 Mais je me suis rejointe.

 J'ai revêtu des habits neufs pour une nouvelle vie, des espoirs ...

 Simples et modestes, comme un bon jour.

 A ras bord de projets.



 Il traîne une atmosphère positive alentours.



 Den


(texte publié sur le Crayon et la Plume le 24 août 2012)

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dimanche 3 décembre 2017

*Tous dans la neige








Je vous souhaite un heureux dimanche 
et vous embrasse.

Den
ainsi que Gabriel
et les soldats de plomb


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samedi 2 décembre 2017

*La neige !





La Provence, ce matin, au réveil !


Den


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Cette 3ème photo date du 21 février 2015,
dans la campagne aixoise.


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Bon week-end à chacun, chacune d'entre vous.


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vendredi 1 décembre 2017

Camille Berthollet (16 ans) et sa sœur Julie...


Pour accueillir Décembre, 
Décembre, le  mois des fêtes de fin d'année.

Une belle écoute !

Den


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jeudi 30 novembre 2017

*Tant de corps et tant d'âme

Captifs de l'étrange machine 
Qui nous mène de vie à trépas

En quel lieu de ce corps en fonction

De ce sang qui déambule

Se fixe l'être

Bâti d'élans de songes de regards

Qui parle les langues du silence

Qui devance mots et pensées ?

Qui prononce notre mort 
Qui instaure notre vie

Qui présence ou absence

Dans la mêlée des vallées et des gouffres

Nous prodigue

Cette sarabande de rixes et de roses

Nous assigne

Ce pêle-mêle de discordes et d'harmonies ?



Qui

tissant ensemble

tant de corps et tant d'âme

Nous imprègne de passé 
Nous génère un avenir ?



II



Plus loin que tes membres

Plus haut que ton front

Plus libre que racines

Tu t'émancipes de l'arbre de chair

Vers les récits du monde

Vers l'image inventée

Hors des marques quotidiennes 
Où tu vécus fièvres et moissons 
Soleils ou mélancolies

Tu t'élances 
Une fois de plus 
Débauchant l'espérance.



III

L'esprit s'aventure 
Tandis qu'en sourdine 
Le corps tout à sa trame 
Poursuit de secrètes et mortelles visées

Spectateurs ahuris

Nous déchiffrons soudain

Sur nos peaux en nos charpentes

Les croquis de l'âge

Tout ce grené tout ce tracé

Tous ces naufrages

Que nous n'avons pas conduits

Ces mêmes érosions ces mêmes

Qu'aucune chair n'a jamais fuis

Le temps triomphe des temps

Soumis au projet sans failles

De l'impassible métronome

Le corps lentement se déconstruit

Tournant autour du pieu 
Où s'embrochent nos destins

Il nous reste la parole 
Faite d'argile et de souffles

Il nous reste le chant 
Fortifié d'autres chants 
Alluvions qui progressent 
Vers l'horizon sans appel.


Andrée Chedid


  


vendredi 24 novembre 2017

*Cette étoffe sur laquelle naissent les rêves (8)

Arrière Plan, Conte De Fées, Aquarelle



Cette étoffe...



"Les images oniriques ont quelque chose des galets qui sont dans l’eau. Qui brillent sous l’onde glacée qui file entre les menthes. Leur beauté fait qu’on se penche. On ne résiste pas à l’envie de s’agenouiller dans l’odeur merveilleuse qui s’élève des petites feuilles dentelées et duveteuses des menthes qu’on écrase au-dessus de l’Yonne. On roule la manche plus haut que le coude. On plonge la main dont la chair se met à frémir de froid.
Les doigts glacés et blancs cueillent ces pierres au fond de la transparence ; ils les rapportent à la lumière ; l’eau en dégoutte ; l’air les assombrit ; les yeux se découragent ; je parle des instants les plus intenses de nos vies ; leur attrait se dérobe ; nous ne savons plus ce que ces pierres qui chatoyaient voulaient nous dire ; on ne sait plus pourquoi, spontanément, on s’était mis à genoux".

Pascal Quignard. La barque silencieuse.



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Réf. Sur les épaules de Darwin - France Inter
Jean-Claude Ameisen

émission du 11 novembre 2017
1ère diffusion le 13 avril 2013

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Je vous souhaite un heureux week-end,
et vous embrasse !


Den


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samedi 18 novembre 2017

Aude Gagnier - Des Fleurs Pour Nous Protéger (English subtitles) Thank y...

Aude Gagnier - J'ai Dans Le Coeur (Somewhere Only We Know_French) Le Pe...




Pour Gabriel et tous les p'tits loups de son âge !


Un heureux week-end à toutes et tous,
à vous qui êtes voyageur immobile,
voyageur d'un jour.



Je vous embrasse.



Den





Résultat de recherche d'images pour "aude gagnier"


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Image associée



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jeudi 16 novembre 2017

Françoise Héritier - Le sel de la vie...




Professeure honoraire au Collège de France, l'anthropologue Françoise Héritier, femme d'exception, "à la grande appétence",  est  décédée hier  à l'âge de  84 ans. Ses travaux sur la construction de la hiérarchie entre les sexes ont abondamment nourri le militantisme féministe.

Elle était l'invitée cette semaine de "La Grande Librairie" et y présentait "Au gré des jours" qui fait suite "au sel de la vie",  chez François Busnel, un livre dédié  à sa  fille bien-aimée, Catherine Izard-Héritier, et à la mémoire de Francis Wayser, trop tôt disparu

Un livre qui relate son amour des mots et son goût de vivre... un bel éloge de la vie !

« Je me souviens de moments forts ou décisifs. Je me suis formée émotionnellement et affectivement de bric et de broc. Quelque chose s’est passé dans mon enfance qui m’a donné une forme de solidité". ...


…" grelotter d’un coup, et se blottir sous une couverture, accorder du temps et de l’indulgence aux gens pressés et intolérants, se souvenir qu’un camionneur lors de la grande tempête qui coucha tous les arbres de la forêt de Paimpont et d’ailleurs avait vu un groupe de vaches s’envoler dans les airs bien au-dessus de son pare-brise d’après les témoignages publiés par Ouest France, essayer d’avoir le débit de paroles de la spirituelle et mutine Marie Dubois dans Tirez sur le pianiste, saliver devant des plats simples tels que de belles tomates farcies ou une brandade de morue ou un hachis parmentier fait maison, faire à quarante ans passés une nouvelle robe à sa poupée chauve début de siècle, trinquer dans un bar de bord d’autoroute avec des chauffeurs de poids lourds, voir des formes étranges dans les nuages ou dans le papier peint ou sous ses paupières pressées avec les pouces, rire au souvenir de la mésaventure de ce jeune homme en vélo sur une route africaine que freinait par-derrière à coups de patte une jeune lionne facétieuse et qui battit pour le coup des records de vitesse debout sur les pédales, vider discrètement son verre d’un mauvais soda dans un palmier en pot, se battre avec constance avec le pied de chèvre cuit avec son sabot et sa fourrure qui vous est échu au hasard du service, sourire aimablement à la personne qui vient de vous parler sans que vous ayez saisi un mot de ce qu’elle a bien pu vous dire, détester le tutoiement d’office, écouter avec tendresse ce vieux monsieur si heureux d’avoir trouvé une oreille accueillante pour pouvoir raconter sa guerre de 14-18 et son évasion miraculeuse, s’asseoir au serein venu au milieu d’un promontoire herbeux entouré d’un cirque de montagnes aux lignes horizontales reliefées de végétation sombre et plonger dans la contemplation d’un paysage tranquille et néanmoins tourmenté, regarder une femelle d’écureuil roux et ses petits s’ébattre joyeusement dans un pré avant de sauter d’arbre en arbre à la queue leu leu, écouter clabauder la pluie dans une gouttière, croquer un petit-beurre Lu en commençant par les quatre coins, toucher du bois pour prévenir ou déjouer le malheur mais passer volontairement sous une échelle et ne pas craindre d’être treize à table ou de renverser du sel sur la nappe",

Françoise Héritier
Au gré des jours





"N'abandonnez jamais vos rêves" écrivait-elle !

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samedi 11 novembre 2017

*Et-vie-danse !




Andrée CHEDID
Evidences du Chant

Chanter, Choeur, La Musique, Singer


Chante
cette
Bouche-de-nous
Semant parole
Dans la poussière des mots
Chante
cet Œil-de-nous
Qui se grave dans l'instant
Ou qui distance les jours
Chante
ce
Corps-de-nous
Tissé d'atomes et de mystère
Mis en branle par quelle foudre
Se hâtant vers quel repos?
Chante
les chants rebelles
Chante
le chant de paix
Chante le
Chant de qui veut entendre.


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Je vous souhaite un doux   week-end les Âmi(e)s,

et vous embrasse, en ce jour de retour à la paix,  qui rend hommage à tous les combattants morts pour la France.

Den



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mercredi 8 novembre 2017

*Roses d'automne !


Résultat de recherche d'images pour "rose d'automne"

Aux branches que l’air rouille et que le gel mordore,
Comme par un prodige inouï du soleil,
Avec plus de langueur et plus de charme encore,
Les roses du parterre ouvrent leur coeur vermeil.

Dans sa corbeille d’or, août cueillit les dernières :
Les pétales de pourpre ont jonché le gazon.
Mais voici que, soudain, les touffes printanières
Embaument les matins de l’arrière-saison.
Les bosquets sont ravis, le ciel même s’étonne
De voir, sur le rosier qui ne veut pas mourir,
Malgré le vent, la pluie et le givre d’automne,
Les boutons, tout gonflés d’un sang rouge, fleurir.
En ces fleurs que le soir mélancolique étale,
C’est l’âme des printemps fanés qui, pour un jour,
Remonte, et de corolle en corolle s’exhale,
Comme soupirs de rêve et sourires d’amour.
Tardives floraisons du jardin qui décline,
Vous avez la douceur exquise et le parfum
Des anciens souvenirs, si doux, malgré l’épine
De l’illusion morte et du bonheur défunt.
Nérée Beauchemin
(1850-1931)


Charles-Nérée Beauchemin est un écrivain et médecin québécois. Il a écrit un magnifique poème intitulé ''Fleur d'Aurore''. En voici un extrait:



''Ensemble nous irons encore
Cueillir dans les prés, au matin
De ces bouquets couleur d'aurore
Qui fleurent la rose et le thym...
Cueillir dans les prés au matin
De ces bouquets couleur d 'aurore
Qui fleurent la rose et le thym..."
 





lundi 6 novembre 2017

*Emigrer......


J'ai................




J'ai
La mêle-ancolie
Migrant
Sur la route errante de ton ex-île
Ton pays déserté
Ton lien uni à ta mère utérine
Toujours présente avec son sourire ténébreux
A ta mer, ta culture
Tu fuis en flux d'exode en grand repli
Sur un pont sus-pendu
Et cherches cet ailleurs chimérique
Ces espaces ces îlots que tu sillonnes
Ces chemins entrevus
Ce miroir éteint-scellant
Pour un château de sable emporté par le remous vague.

Passeras-tu l'autre rive, l'autre côté ?
Etranger retenu
Sans domicile fixe
Abandonné 
Tu accostes pieds nus au bout
Tu émigres en foule
Groupé pèle-mêle sur les planches le visage serré,
Douloureux, angoissé.

Ta route est opaque, tu croupis dans la fange,
Embarqué, débarqué, maltraité
Dans la cohue les nuées
Traversée houleuse, tu baignes au creux de la tempête
Tu traces ton chemin en horde humaine
Reconforté si peu ou prou.

Quel sera ce chemin ?
Toi Frère des Hommes en route vers ton destin.
Passeras-tu loin dans le noir brûlé du soleil.

Je pleure avec toi.
De rive en rêve
Ami, souviens-toi.

Tant de temps pour parler quand la mer brûle.

Tu découvres en maux l'île perdue devenue ossuaire
Tu souris et tu deviens les flots.

Que ta route soit ouverte.

Ta solitude est un brin d'après et se construit.

"Il n'y a que l'Histoire des Grands qui s'écrit,
Nous on n'existe pas".

Tu te  lies avec les autres.

Tu te  dis et tu t'écris.
Tu  parles d'un passage, d'un trajet, d'un cheminement, d'une initiation.

Tu t'accroches émigrant en trans-portant ta vie ton corps ton coeur.

Et tes yeux regardent de l'autre côté de la mer, de la mère...
de la terre,
Plus loin, plus haut...
Au gré des nuages.

Pourquoi rompre quand on est attaché si fort ?

Saurons-nous jamais comprendre le sens de ce voyage, de ce franchissement,
Même si  l' angle de vue s'est élargi sur les rides de nos yeux.

Entre deux mers.

Den
(billet du 25 juillet 2016)


"Catane s'éloignait
Dans sa barque silencieuse, il se sentait à la dimension du ciel. 
Il était une infime partie de l'immensité qui l'entourait, mais une partie vivante.
Il avait peur, bien sûr, mais d'une peur qui lui fouettait les sangs.
Il partait là-bas, dans ce pays d'où ils venaient tous.
Il allait faire comme eux : passer des frontières de nuit, aller voir comment les hommes vivent ailleurs, trouver du travail, gagner de quoi survivre. 
Il avait mis  le cap sur la Libye. Il ne savait pas ce qu'il ferait une fois là-bas.
Il n'avait plus aucun plan. L'instant imposerait son rythme. 
Il resterait peut-être sur les côtes libyennes pour travailler ou  plongerait plus avant dans le continent africain.
Cela n'avait pas d'importance. Pour l'heure, il laissait sa barque fendre la mer.

Plus tard dans la nuit, il aperçut une masse énorme à l'horizon.
C'était l'île de Lampedusa. Il ne voulut pas s'y arrêter.
La silhouette noire de l'île lui fit l'effet d'une dernière bouée de port avant la haute mer.
Le rocher qu'ils rêvaient tous d'atteindre, le rocher qu'il avait si longtemps gardé comme un cerbère fidèle lui sembla un caillou laid qu'il fallait abandonner derrière soi au plus vite.

"Je suis nu, pensa-t-il. Comme seul un homme sans identité peut l'être"
La nuit l'entourait  avec douceur. Les vagues berçaient son embarcation avec des attentions de mère.
Lampedusa disparaissait. Il repensa à ce qu'avait dit l'inconnu au cimetière : "l'herbe sera grasse et les arbres chargés de fruits... Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse". L'Eldorado.
Il ne pensait plus qu'à cela. Il savait bien qu'il allait à contre-courant du fleuve des émigrants.
Qu'il allait au-devant de pays où la terre se craquelle de faim.   Mais il y avait l'Eldorado tout de même, et il ne pouvait s'empêcher s'y rêver. La vie qui l'attendait ne lui offrirait ni or ni prospérité. Il le savait. Ce n'est pas cela qu'il cherchait. Il voulait autre chose. Il voulait que ses yeux brillent de cet éclat  de volonté qu'il avait souvent lu avec envie dans le regard de ceux qu'il interceptait.

L'air, déjà, était plus vif autour de lui. Les instants plus intenses. Il allait devoir penser à nouveau, élaborer des plans, se battre. Il ne pouvait compter que sur ses propres forces. Comment fait-on pour obtenir ce que l'on veut lorsque l'on n'a rien ? De quelle force et de quelle obstination faut-il être ?

Tout serait dur et éprouvant, mais il ne tremblait  pas. Le froid déjà l'entourait. L'humidité rendait sa peau collante mais il avait le sentiment de vivre. La mer était vaste. Il disparaissait dans le monde. Il allait être, à son tour, une de ces silhouettes qui n'ont ni nom ni histoire, dont personne ne sait rien - ni d'où elles viennent ni ce qui les anime. Il allait se fondre dans la vaste foule de ceux qui marchent, avec rage, vers d'autres terres. Ailleurs. Toujours ailleurs. Il pensait à ces heures d'efforts qui l'attendaient, à ces combats qu'il faudrait mener pour atteindre ce qu'il voulait.
Il était en route. Et il avait décidé d'aller jusqu'au bout. Il n'était plus personne.
Il se sentait heureux.
Comme il était doux de n'être rien.
Rien d'autre qu'un homme de plus, un pauvre homme de plus sur la route de l'Eldorado".

Laurent Gaudé
Eldorado

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samedi 4 novembre 2017

*Un doux samedi !

 Fleurs, Flore, Rose, Nature




"Une rose d'automne est plus qu'une autre exquise".


.......



C'est pour cela que je vous l'offre en ce  week-end légèrement gris mais doux.



Je vous en brasse fleurie.

Den


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jeudi 26 octobre 2017

*Un jour, sur les quais..... "Souvenirs dormants" Patrick Modiano





«"Vous en avez de la mémoire..." 
Oui, beaucoup... Mais j'ai aussi la mémoire de détails de ma vie, de personnes que je me suis efforcé d'oublier. Je croyais y être parvenu et sans que je m'y attende, après des dizaines d'années, ils remontent à la surface, comme des noyés, au détour d'une rue, à certaines heures de la journée.»





***





"Un jour, sur les quais, le titre d’un livre a retenu mon attention, Le Temps des rencontres. Pour moi aussi, il y a eu un temps des rencontres, dans un passé lointain. À cette époque, j’avais souvent peur du vide. Je n’éprouvais pas ce vertige quand j’étais seul, mais avec certaines personnes dont justement je venais de faire la rencontre. Je me disais pour me rassurer : il se présentera bien une occasion de leur fausser compagnie. Quelques-unes de ces personnes, vous ne saviez pas jusqu’où elles risquaient de vous entraîner. La pente était glissante. Je pourrais d’abord évoquer les dimanches soir. Ils me causaient de l’appréhension, comme à tous ceux qui ont connu les retours au pensionnat, l’hiver, en fin d’après-midi, à l’heure où le jour tombe. Ensuite, cela les poursuit dans leurs rêves, parfois pendant toute leur vie. Le dimanche soir, quelques personnes se réunissaient dans l’appartement de Martine Hayward, et moi je me trouvais parmi ces gens-là. J’avais vingt ans et je ne me sentais pas tout à fait à ma place. Un sentiment de culpabilité me reprenait, comme si j’étais encore un collégien : au lieu de rentrer au pensionnat, j’avais fait une fugue. Dois-je vraiment parler tout de suite de Martine Hayward et des quelques individus disparates qui l’entouraient, ces soirs-là ? Ou bien suivre l’ordre chronologique ? Je ne sais plus. Vers quatorze ans, je m’étais habitué à marcher seul dans les rues, les jours de congé, quand le car du collège nous avait déposés à la Porte d’Orléans. Mes parents étaient absents, mon père occupé à ses affaires, tandis que ma mère jouait une pièce dans un théâtre de Pigalle. J’ai découvert cette année-là – 1959 – ce quartier de Pigalle, le samedi soir, pendant que ma mère était sur scène, et j’y suis souvent retourné les dix années suivantes. Je donnerai d’autres détails là-dessus si j’en ai le courage. Au début, j’avais peur de marcher seul mais, pour me rassurer, je suivais chaque fois le même itinéraire : rue Fontaine, place Blanche, place Pigalle, rue Frochot et rue Victor-Massé jusqu’à la Boulangerie, au coin de la rue Pigalle, un drôle d’endroit qui restait ouvert toute la nuit, et où j’achetais un croissant".....



Souvenirs dormants

Patrick Modiano



Collection Blanche, Gallimard


Parution : 26-10-2017


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"Souvenirs dormants" : Patrick Modiano ne se démode pas


Arpenteur inlassable des rues de Paris et de ses souvenirs endormis, Patrick Modiano livre cet automne un roman presque "noir", "Souvenirs dormants". On lui emboîte le pas en toute confiance.
Souvenirs dormants, dites-vous ? Qu'est-ce qu'un souvenir dormant sinon la bribe perdue d'un passé engourdi ? Une eau dormante est une eau qui ne coule pas, un pont dormant, un pont qui ne se lève pas, un agent dormant, un espion qui sait se faire oublier. Un souvenir dormant, une mémoire effacée. Mais parfois la mare se débonde, l'eau dormante se fait vive, le pont-levis se lève, un ventail se met à battre et l'on tire en sursaut l'espion de son profond sommeil. Nous ne sommes pas maîtres de nos oublis, ce sont des souvenirs qui nous quittent malgré nous, que nous ne reverrons pas. Certains pourtant ne sont pas loin, ils sont endormis à notre insu dans nos parages et le bruit des pas de Patrick Modiano, en arpentant Paris, en réveille quelques-uns, apeurés ou nostalgiques, précis ou incertains, apaisants ou terrifiants. Ce sont les siens, ce sont les nôtres depuis si longtemps que nous le lisons, Modiano leur donne des noms de rues, des noms de femmes, Geneviève Dalame, Madeleine Péraud, Madame Hubersten, Marthe Hayward, que nous ne connaissons pas, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, rue de Quatrefages, rue des Colonels-Renard, avenue du Nord à Saint-Maur-des-Fossés, que nous reconnaissons.
Ces souvenirs redonnent vie à une jeunesse perdue dans des cafés de hasard, Modiano a 20 ans, grand dadais somnambule, curieux, attentif et fugueur, ils surgissent comme des grenades, les unes sont des fruits luisants, d'autres, des armes à la goupille fébrile. Voilà pourquoi le lecteur fidèle a toujours le trac en ouvrant un livre de Modiano, le cristal est fragile, le texte tendu comme le câble du fildefériste, on le suit d'un pas glissé entre deux risques de vertige, on lui fait entièrement confiance, mais la confiance n'abolit pas le danger, le risque d'une déchirure, d'un blanc irréversible. Les livres de Modiano, comme souvent les rêves, sont en noir et blanc. En ombres grises. L'effet de réel y est atténué par des reculades ("Il me semblait que j'avais déjà vécu cette scène dans un rêve", p.39), des pas de côté ("Bien que je ne sois pas très doué pour l'introspection, je voudrais comprendre pourquoi la fugue était, en quelque sorte, mon mode de vie", p.73).


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