samedi 24 juin 2017

*En pause...



Geranium, Fleurs, Fleur, Bleu, Pourpre



En pause.... 

Je vous souhaite de belles vacances, 

ou simplement du repos,

et vous dis à bientôt.

Je vous en brasse toute fleurie...


Den


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mercredi 21 juin 2017

*Plonger une plume dans l'encre....




Stylo, L'Histoire, Encre, Antique, Rétro


"Plonger une plume dans l'encre, plonger une feuille de papier dans un bain coloré, plonger une pagaie dans la mer et aller Dieu sait où. Irons-nous encore ramer ; nous qui croyons qu'à force de ramer nous risquons pour de bon de passer par-dessus le rebord et de tomber ?"

Annie Dillard

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Peintures, Coloré, Peinture, Brosse



"Un pinceau, cette seule réalité solide dans un monde de luttes, de ruines, de chaos, il ne faut pas jouer avec cela".

Virginia        Woolf

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"Une ligne de mots. Un trait de crayon - Un rebord donné au monde, qui nous invite à le dépasser. Ainsi serait l'écriture, à la fois dans le mouvement qui l'initie et l'espace qui la fonde.
Fond, Crayon, Lettre, Écriture, Papier

En  1986 et 2003, j'ai écrit de courts essais qui cherchent à saisir les liens entre l'être, la littérature et la vie. Le regard se tourne vers le monde actuel, questionne la place laissée à l'être, à l'imaginaire et à l'inconnu, le rôle que joue et pourrait jouer la poésie, explore l'espace du féminin, croise Rilke, Galilée, Giordano Bruno, s'arrête sur des événements marquants de l'histoire humaine, touche un horizon puis retourne en arrière pour mieux voir ce qui reste flou.

Sous l'Arche du temps constitue en quelque sorte un chemin de réflexions. A partir des premiers pas résonnent les suivants. Au fil des ans et des textes, un parcours se dessine qui tient à garder trace de l'errance, des ombres portées, des vides par lesquels se précisent les pleins. L'écriture ne cesse de m'apprendre à aller vers le doute.

Crayon Déchets Aiguiseur, Spirale
Un figure surgit ici - la spirale.



Certains des pas reviennent sur eux-mêmes pour reprendre élan, poussés ailleurs les mots, mener plus loin l'interrogation et, ultimement, créer à partir d'un même noyau de nouvelles brèches.

Rien ne cherche à être figé. L'écriture tente plutôt de saisir le mouvement même de la réflexion. Ce qui tient lieu de livre ne serait alors qu'un précipité déposé au fond d'une éprouvette, et qui nous reste invisible. Et les Portraits d'écriture, ces figures que créent les livres, que crée la vie, demeurent mouvants".


Portraits d'écriture

Crayon, Ligne, Papier, Arrière Plan

"Quel que soit le bout de la lunette par lequel on regarde, ce n'est jamais que de très loin ou de très près que l'on y verra le monde, l'autre, soi-même.

Est-il besoin de souligner que ce regard posé sur son propre cheminement ne peut jamais rendre compte que d'un mouvement, tout au plus d'une quête, d'une intention sans cesse déplacée et reformulée par le sens même de l'écriture ?

Lever Du Soleil, Phu Quoc, Île De, Océan

D'abord une date : 1958, année de ma naissance.
Un lieu : Québec, petite ville située en bordure du grand fleuve Saint-Laurent. J'y ai passé les vingt-six premières années de ma vie, puis, en 1984, c'est au coeur d'une chaîne de montagnes, les Laurentides, que j'ai choisi de vivre, au bord d'un lac. L'écriture transcende les paysages et circonstances qui la font naître, mais elle emporte aussi irrémédiablement les traces. Si le rapport au temps est au centre de ma démarche, l'espace le traverse et l'enracine dans un paysage qui n'est pas qu'un dehors, mais aussi un monde intérieur dont les images transpercent la langue.

La lunette par laquelle je regarde donne sur deux mondes.

L'un s'appelle l'Amérique et s'étend à perte de vue devant moi, mais me demeure étranger car je n'y reconnais aucun des fils par lesquels je relie les mots aux choses.

Toujours dans cette même lunette, je peux voir un autre monde, la France qui creuse profondément dans la terre, à même les racines entremêlées de l'histiore.

Je ne doute pas que mon écriture passe par cette double fenêtre où se croisent une horizontale et une verticale.

Plutôt que de tenter de me définir à travers l'écriture, je préfère laisser l'écriture elle-même me définir, tracer les contours flous d'une identité toujours en mouvance, et jouer ainsi pleinement son rôle d'éclaireur sur un chemin que je ne découvre jamais qu'à mesure".

Hélène Dorion

Sous l'Arche du Temps

Essai

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Littérature

Editions de la Différence

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Ont Augmenté De, Fleur, Fleurs, Rose

Et fêter l'été au jour d'hui !

Je vous en  brasse en ribambelles fleuries

Ont Augmenté De, Nature, Fleur, Fleurs

Den

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dimanche 18 juin 2017

*Ciels d'enfance.....


Image associée

La vie n'a pas d'âge.
La vraie jeunesse ne s'use pas.
On a beau l'appeler souvenir,
On a beau dire qu'elle disparaît,
On a beau dire et vouloir dire que tout s'en va,
Tout ce qui est vrai est là.
Quand la vérité est belle, rien ne ternit son miroir.
Les gents très âgés remontent en enfance
Et leur coeur bat,
Là où il n'y a pas d'autrefois.

Jacques Prévert

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Dans ma petite ville, deux rivières se cherchent puis se rencontrent et s'unissent. La principale, celle qui va poursuivre le chemin n'est pas la plus débordante d'eau vive, mais elle est pressée et entreprenante.
Elle passe  trois frontières en quelques coulées, avant de rejoindre le fleuve au joli nom, la Meuse, cent kilomètres plus loin.


 Jadis, elle s'était alourdie de la sidérurgie locale et se plaisait à refroidir ses installations et ses produits brûlants. C'était avant qu'on assassine l'Usine, la première victime d'une longue liste, largement encadrée de noir. Comme une fidèle sentinelle, sa haute silhouette gris-métal, occupait tout notre horizon. Elle se plaisait jour et nuit à faire exploser dans le ciel, en millions d'étincelles, les couleurs rougeoyantes de l'acier en fusion.


Il y a quarante ans, certains puissants de ce monde l'ont jugée trop décentrée, trop vieille, trop usée, trop chère à entretenir et ils l'ont abattue à jamais.

La rivière s'est retrouvée orpheline. a 300 mètres de chez moi, elle coule toujours, mais elle me semble  plus calme et plus patiente, comme si elle attendait son affluent, venu en méandres paisibles de la campagne voisine.

 Pourtant à certaines saisons, cette rivière campagnarde se met en colère, révoltée contre sa prochaine soumission. Alors, elle se fait plus sauvage et elle déborde largement ses hautes eaux sur les deux rivières, comme si elle renâclait à rejoindre la ville et à se perdre dans l'autre cours d'eau.


Image associée


 C'était la rivière préférée des romans d'Hubert Juin, un ami de mon frère aîné. Il  lui avai confié, pour avis, quelques-uns de ses premiers écrits, du temps où il s'appelait encore Hubert Loescher.

A bien y réfléchir, que de scènes vécues dans les premières années d'une vie renaissent en pièces détachées au détour d'une réflexion, d'un souvenir, d'une rêverie, d'une conversation, d'une photographie.

A leur guise, elles se recomposent comme dans un puzzle, puis elles semblent se défaire et tomber dans l'oubli. A nouveau, sans se faire annoncer, elles surgissent des bas-fonds de la conscience, avec des enrichissements de scénario, des variations de mise en scène, selon de mystérieux  mouvements intimes.

Si finalement elles s'accrochent et s'enracinent en nous avec une telle force et une telle continuité, c'est qu'elles sont vraiment signifiantes pour le déchiffrement de soi auquel chacun est confronté, tôt ou tard.

Ne serait-ce pas tout simplement adhérer au conseil de Socrate, lui qui incluait dans les prémices de la Sagesse le fameux " Connais-toi toi-même". une recherche, faut-il le rappeler, jamais achevée ? se réapproprier son enfance me paraît en effet un chemin inévitable pour orienter une connaissance intime de soi-même.



Le temple d'Apollon à Delphes où l'on peut lire au fronton
"connais-toi toi-même"

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Louis Goffin
Ciels d'enfance

L'Harmattan

collection Encres de Vie


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samedi 17 juin 2017

*Il se peut....................



"Les lumières commencent à scintiller sur les rochers,


Lune, Nuit, Bleu, Ciel, Noir


Le long jour décline, la lente lune monte, les profonds

Gémissements de nombreuses voix tournoient. Venez mes amis,

Il n'est pas trop tard pour partir à la recherche d'un monde nouveau.

(...) Car je veux

Naviguer au-delà du sOleil couchant, là où nagent

Toutes les étoiles de l'occident, jusqu'à ma mort,


Étoiles, Paysage, Nuit, Espace, Étoilé


Il se peut que les golfes nous engloutissent,

Il se peut que nous atteignions les Iles Heureuses,

(...) Et bien que

Nous ne soyons plus aujourd'hui de cette force, qui autrefois,

Remuait terre et ciel, ce que nous sommes, nous le sommes :

Des coeurs héroïques, affaiblis par le temps et le destin,

Mais forts de leur volonté

De lutter, 
de chercher, 
de trouver, 
et de ne pas céder"


Alfred Tennyson

Ulysse

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(cf Sur les épaules de Darwin - France Inter)

Une émission de Jean-Claude Ameisen
du samedi 29 avril 2017

Un fleuve m'emporte (2)


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Ulysse se moquant de Polyphème
Huile sur toile de William Turner
1098 x 700
(1829)

National Gallery


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mercredi 14 juin 2017

*Dis-moi, c'est quand ?




Angel, Décoration, Ange Gardien, Noël


Dis-moi, c'est quand, c'est quand ?

Quand l'arc-ange caché dans l'arène et le coeur du ciel se réveille et mêle-l'eau-et-dit l'harangue-hein, il appelle le bel oiseau avec son archet et frotte le son qui se répand, se prolonge dans la profonde-heure des choses, et l'en-faon soupire et polit le temps qui borde  le soleil et prend l'amen-tenant les trois loges, les trois lumières accrochées aux étoiles.

Angel, La Musique, Violon, Décoration

Le merveilleux enfant qui en-chante l'âme et le fil de soie veut entendre ce que lent ne dit pas derrière les mots, les crochets ; la femme-met des très-ors dans la vie, assise par terre à regarder les cailloux sur le mur en corps ou près des nuages d'ombre et de solitude.

Je mêle au grain du vent  mon bonheur du jour mon oeil oui lippe qui s'accroche-coeur à la peau ici de tous mes voyages, emportée dans un élan qui souffle l'air, la ligne ou l'eau, je n'sais.

Vers l'ailleurs, m'en souvenant, je plume usant fort l'écorce de l'heure tardive quand art-rive le souard, en séant en tailleur en plumard, et là j'oublie tout ce tant intemporel qui passe comme passe le vent, le vin, sous le vent, j'abandonne les cendres les mégots les funestes fumées pour redevenir jeune.

Je cherche l'embellie, l'imperceptible à la porte du ciel, l'étoile, l'Avent pour ranger mes mots venant longs, prestes et agiles.

J'arc-humante et sais-d'hui avec peu d'hello-qu'anse, mais l'eau-danse au fond du puits de l'âme de toi. Coule-heures.

Je regarde loin le monde beau en coeur une foi, c'est qu'adoré !

Je t'embrasse du bord de mon imaginaire effleuré qui en aube pointée entrera aux premières lueurs matinales quand les senteurs bon la nuit, s'endormiront en hymne-âge dans une robe parfaite de cristal.


Den


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mardi 13 juin 2017

*A contre-jour..

  



A contre-jour


J'ai commencé à lui raconter mes misères. Il était assis devant une fenêtre,  dehors la lumière du soleil était intense, il était à contre-jour, je ne voyais pas l'expression de son visage.
Je lui ai parlé de mon enfance difficile, de l'alcoolisme de mon père.
J'ai évoqué la naissance de mon fils handicapé.
J'ai parlé de la naissance de mon deuxième fils handicapé.
Pour terminer j'ai raconté la mort subite de ma femme.
Dehors, un gros nuage a soudainement caché le soleil. J'ai pu voir son visage.
Il était couvert de larmes.
Je lui ai tendu mon mouchoir.

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Nouvelles de mon psy

Il va mieux, apparemment il ne m'en veut pas, il me propose même de me revoir.
Je ne veux pas le laisser tomber, je vais le voir deux fois par semaine. En même temps je me pose des questions.
Maintenant que je connais son extrême sensibilité, qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter ?


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Dernières nouvelles de mon psy


Mon psy vieillit, il devient amnésique, à chaque séance je suis obligé de lui répéter ce que je lui ai dit la semaine dernière.
Comme moi-même je perds la mémoire, c'est dur.

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Développement personnel rapide


Je suis dans la salle d'attente, j'ai pris un bouquin, pour patienter, il y a une personne qui attend avant moi, ça risque d'être long je me plonge dans mon livre, Développe-toi personnellement mec. L'auteur me prend par la main et m'indique comment faire. 
J'essaye de me développer depuis soixante-dix années.
Au début, j'ai développé mes bras, mes mains pour attraper ce que je voyais. Puis j'ai développé mes jambes pour pouvoir aller voir ailleurs.
Plus tard j'ai développé mon cerveau, pour essayer de comprendre.
J'ai pas dû tout comprendre.
Dans le livre, il y a plein de conseils : sois toi-même, vis ta vie, libère la garce qui est en toi... !
Le client précédent s'attarde dans le cabinet, je regarde par la fenêtre le ciel. Il est bleu, il fait beau dehors. Je n'ai plus envie d'attendre. Je vais continuer ma lecture au soleil.
Tant pis pour le psy.



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Jean-Louis Fournier

"Bonheur à gogos !"

chez Payot


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lundi 12 juin 2017

*Mon psy...





Résultat de recherche d'images pour "jean-louis fournier bonheur à gogos"



Mon psy me rassure


Mon premier psy est toujours habillé en noir. Il est bienveillant, il parle doucement, il a toujours un bon sourire, il ne me juge pas, il ne m'accuse pas, il essaye de me comprendre.
Quand je viens chez lui, il me demande de me mettre à genoux sur un prie-Dieu.
Quand j'ai terminé, il me donne l'absolution et une petite pénitence. Cette semaine, il m'a demandé de réciter cinquante fois :
Tous les jours et à tout point de vue je vais de mieux en mieux
Tous les jours et à tout point de vue je vais de mieux en mieux

J'ai découvert qu'il avait fait des études de théologie au grand séminaire, il a été ordonné prêtre.
ça me rassure.
Un jour, il pourra me donner l'extrême-onction.


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Dernières nouvelles de mon psy


Il a l'oeil éteint, j'ai l'impression qu'il s'ennuie.
Il a le regard perdu, il regarde les mouches, j'ai l'impression qu'il ne m'écoute pas ou pire, ce que je raconte ne l'intéresse pas.
Un jour j'ai eu le courage de le manifester :
"Dites-moi franchement si je vous ennuie avec mes histoires ?"
Il a rien dit, alors je vais continuer quelques années.


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Analyse grammaticale


Il a un langage châtié, ses mots sont recherchés, ses phrases bien balancées, il est exigeant.
Quand il m'arrive, en livrant mes souvenirs d'enfance en vrac, de laisser échapper une liaison mal à propos, un mot imprécis, une phrase mal construite, un barbarisme ou un solécisme, il m'interrompt et me demande de répéter correctement.
Lui ayant avoué qu'enfants mon frère et moi avions convenu d'assassiner notre père, il m'a repris avec un air sévère : pas avions, étions convenus."
Avant de faire psy, il avait fait des études de lettres et été professeur de français.
Les séances devenaient de véritables leçons de grammaire, ce n'était pas ce que j'attendais, je n'avais plus l'âge d'aller à l'école, j'avais soixante ans.


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Textes de Jean-Louis Fournier

Bonheur à gogos !


chez Payot


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Bonne semaine à toutes et tous.
Je vous embrasse.

Den



dimanche 11 juin 2017

*Bonheur !



Sbires, Parler, Sourire, Conversation


J'ai toujours été inquiet


A l'adolescence, les inquiétudes ponctuelles sont devenues une angoisse permanente, je n'osais plus sortir de chez moi, tout le monde me conseillait d'aller voir quelqu'un.
Je ne voulais pas, j'ai toujours eu la hantise qu'on regarde en moi.
Petit, je détestais passer des radios. Je ne voulais pas qu'on sache ce que j'avais à l'intérieur, dans ma tête, dans mon coeur, dans mon ventre....
Je sentais confusément que j'avais besoin d'aide, je n'arrivais pas à me décider, je n'osais pas, j'avais peur du diagnostic. N'allait-on pas m'apprendre que j'allais devenir fou  ?
Un moment, j'ai eu l'idée de devenir psy moi-même. Comme ça, plus besoin d'aller chercher ailleurs, plus besoin de sortir de chez moi.
Surtout, je ne voulais pas que quelqu'un voie clair dans mon JE.
Je n'aime pas qu'un étranger mette son nez dans mes affaires.


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Cours particulier de bonheur


Avant, on prenait des cours de piano, des cours de tennis, des cours de maintien, des cours de danses, des cours de chant...
Maintenant on ne s'éparpille plus, on prend des cours de  bonheur.
Ma professeure de bonheur est belle, comme une fée, elle connaît tout sur le bonheur, tous les secrets.
Tous les rituels de la science du bonheur.
La pemière phrase qu'elle m'ait dite, lors de la première leçon, je m'en souviens encore, c'était :
"Rentrez en vous-même." Je suis rentré en moi-même. Il faisait noir, j'ai eu peur, je suis vite ressorti.


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Comment choisir son psy


Prenez-le dans les tons gris, les couleurs vives ça fatigue, on s'en lasse vite, le gris ça va avec tout.
Prenez le plutôt beau à regarder, parce que vous allez le voir souvent.
Ses yeux doivent être brillants et vifs, s'ils sont ternes et vitreux, abstenez-vous, il n'est pas frais.
Ne le prenez pas trop vieux, il ne s'agit pas qu'il meure avant vous.


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textes de Jean-Louis Fournier
Bonheur à gogos !

chez Payot


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Bonne fin de soirée à  toutes et tous !
Je vous embrasse.

Den

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samedi 10 juin 2017

*L'accent....


                                                                            La Montagne de la Sainte Victoire                                                                                Photo Den                                                    




"L'accent est l'âme du discours, il lui donne le sentiment et la vérité"

Jean-Jacques Rousseau

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CÉZANNE ET MOI Bande Annonce (Guillaume Gallienne / Guillaume Canet - 2016)

lundi 5 juin 2017

*Je sens.....





"Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi.
Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courante.
Les fleurs s'épanouissent dans mon être.
Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon coeur,
et le souffle de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte".

L'offrande lyrique de Rabindranath Tagore

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jeudi 1 juin 2017

*nattée.....

La tresse par Colombani



"....Simone, il y a un grand mystère dans la forêt de tes cheveux".

Rémy de Gourmont



"Une femme libre est exactement  le contraire d'une femme légère".

Simone de Beauvoir


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SMITA


Village de Badlapur,
Uttar Pradesh, Inde

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Smita s'éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon inédit dans le ventre.
Aujourd'hui est une journée dont elle se souviendra toute sa vie. Aujourd'hui, sa fille va entrer à l'école.

A l'école, Smita n'y a jamais mis les pieds. Ici à Badlapur, les gens comme elle n'y vont pas.

Smita est une Dalit. Intouchable.

De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu.

Hors caste, hors système, hors tout. Une espèce à part, jugée trop impure pour se mêler aux autres, un rebut indigne qu'on prend soin d'écarter, comme on sépare le bon grain de l'ivraie. Comme Smita, ils sont des millions à vivre en dehors des villages de la société, à la périphérie de l'humanité.

Tous les matins, c'est le même rituel. A la manière d'un disque rayé rejouant à l'infini une symphonie infernale. Smita s'éveille dans la cahute qui lui sert de maison, près des champs cultivés par les Jatts. Elle lave son visage et ses pieds à l'eau rapportée la veille du puits, celui qui leur est réservé. Pas question de toucher à l'autre, celui des castes supérieures, pourtant proche et plus accessible. Certains sont morts pour moins que ça. Elle se prépare, coiffe Lalita, embrasse Nagarajan. Puis elle prend son panier de jonc tressé, ce panier à l'odeur  tenace, âcre et indélébile,  qu'elle porte toute la journée comme on porte une croix, un fardeau honteux. Ce panier, c'est son calvaire. Une malédiction.    Une punition. Quelque chose qu'elle a dû faire dans une vie antérieure, il faut payer, expier, après toute cette vie n'a pas plus d'importance que les précédentes, ni les suivantes. C'est juste une vie parmi les autres, disait sa mère.

C'est ainsi, c'est la sienne.

C'est son darma, son devoir, sa place dans le monde. Un métier qui se transmet de mère en fille, depuis des générations.

Scavenger, en anglais le terme signifie "extracteur". Un mot pudique pour désigner une réalité qui ne l'est pas. Ce que fait Smita, il n'y a pas de mot pour le décrire. Elle ramasse la m..... des autres à mains nues, toute la journée. Elle avait six ans, l'âge de Lalita aujourd'hui, quand sa mère l'a emmenée pour la première fois - Regarde, après tu feras. Smita se souvient de l'odeur qui l'avait assaillie, aussi violemment qu'un essaim de guêpes, une odeur insoutenable, inhumaine. Elle avait vomi au bord de la route.
Tu t'habitueras, avait dit sa mère. Elle avait menti. On ne s'habitue pas. Smita a appris  à retenir son souffle, à vivre en apnée, il faut respirer, a dit le docteur du village, voyez comme vous toussez. Il faut manger.
L'appétit, ça fait longtemps que Smita l'a perdu. Elle ne se souvient plus comment c'est, avoir faim. Elle mange peu, le strict minimum, une poignée de riz délayé dans de l'eau qu'elle impose chaque jour à son corps dépendant. (...)

Mais ce matin n'est pas un jour comme les autres.

Smita a pris la décision, qui s'est imposée à elle comme une évidence : sa fille ira à l'école. Elle a eu du mal à convaincre Nagarajan. A quoi bon ? disait-il. Elle saura peut-être lire et écrire, mais personne ici ne lui donnera du travail. On naît videur de toilettes, et on le reste jusqu'à sa mort. C'est un héritage, un cercle dont personne ne peut sortir. Un karma.

Smita n'a pas cédé. Elle en a reparlé le lendemain, le jour d'après, et les suivants. Elle refuse d'emmener Lalita en tournée avec elle : elle ne lui montrera pas les gestes des videurs de toilettes, elle ne verra pas sa fille vomir dans le fossé comme sa mère avant elle, non, Smita s'y refuse. Lalita doit aller à l'école.
Devant sa détermination, Nagarajan a fini par céder. Il connaît sa femme ; sa volonté est puissante. Cette petite Dalit à la peau brune qu'il a épousée il y a 10 ans est plus forte que lui, il le sait. Alors il finit par céder, soit. Il ira à l'école du village, il parlera au Brahmane. Smita a souri secrètement sa victoire. Elle aurait  tant voulu que sa mère se batte pour elle, tant aimé passer la porte de l'école, s'asseoir parmi les autres enfants. Apprendre à lire et à compter. Mais cela n'avait pas été possible, le père de Smila n'était pas un homme bon comme Nagarajan, il était irascible et violent.
Il battait son épouse, comme tous le font ici. Il le répétait souvent : une femme n'est pas l'égale de son mari, elle lui appartient. Elle est sa propriété, son esclave. Elle doit se plier à sa volonté. Assurément, son père aurait préféré sauver sa vache, plutôt que sa femme.
Smita, elle, a de la chance : Nagarajan ne l'a jamais battue, jamais insultée. Lorsque Lalita est née, il a même été d'accord pour la garder. Pas loin d'ici, on tue les filles à la naissance. Dans les villages du Rajasthan, on les enterre vivantes, dans une boîte, sous le sable, juste après leur naissance. Les petites filles mettent une nuit à mourir.

Mais pas ici. Smita contemple Lalita, accroupie sur le sol en terre battue de la cahute, en train de coiffer son  unique poupée. Elle est belle, sa fille.
Elle a les traits fins, les cheveux longs jusqu'à la taille, que Smila démêle et tresse tous les matins.

Ma fille saura lire et écrire, se dit-elle, et cette pensée la réjouit.

Oui aujourd'hui est un jour dont elle se souviendra toute sa vie.


La tresse
Laétitia Colombani

Editions Grasset - Paris -


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lundi 29 mai 2017

*les tulipes rouges (dans la forêt (4))




Champ De Tulipes, Tulipes, Rouge, Fermée


(...)
"La vie en ces journées de mi-janvier est une routine usée avec toujours les mêmes petites activités - étudier, manger, essayer de dormir.

Le toit a commencé à fuir au-dessus de l'ancienne chambre d'Eva, mais à part ça il n'y a rien à raconter en ce moment sauf les repas et les rêves et toujours et encore le temps humide.

Image associée


 Eva danse et je lis, et les seules nouvelles viennent de l'encyclopédie. Malgré tout, je ne m'explique pas comment l'ordre strict de l'alphabet hante si fréquemment ma vie.


Pieds De Ballet, Chaussures De Ballet






Aujourd'hui, j'ai lu : BULBE, organe composé de feuilles charnues qui constitue la phase de repos de certaines plantes. Les réserves de nourriture du bulbe lui permettent d'être en dormance par temps rigoureux et de reprendre sa croissance au retour de conditions favorables.


Notre mère est morte avant que le téléphone cesse de fonctionner. Elle est morte quand l'électricité semblait aussi naturelle que respirer, quand on entendait encore de nouvelles chansons à la radio.


Image associée


 Elle est morte à l'hôpital - autant dire il y a longtemps -, elle est morte lentement des complications d'un cancer et non d'un des virus fulgurants ou d'un accident ou de la grippe qui tuent les gens aujourd'hui.


Le dernier hiver où elle était encore en vie, elle a pris la voiture un dimanche pour aller en ville, alors que le ciel était détrempé et la terre inerte, et elle est revenue avec des sacs pleins à ras bord de bulbes de tulipe.


Bulbes À Fleurs, Tulipes


- J'ai acheté tous les bulbes rouges que j'ai trouvés, a-t-elle annoncé triomphalement.
- Ils m'ont l'air plutôt marron, a dit mon père en jetant un coup d'oeil à l'un des sacs avant de sortir un bulbe et de le porter à la lumière comme pour vérifier sa couleur. C'est quoi, de la nourriture pour cerfs ?
- Le livre sur je jardinage dit que les cerfs ne mangent pas les tulipes.
- J'espère que les cerfs ont lu le même livre, a-t-il répondu.

Pour sa plus grande joie, elle a soupiré avec une patience étudiée, a levé les yeux au ciel et lui a demandé à quelle profondeur il pensait qu'elle devait les planter. Puis elle a transporté ses sacs dehors et a passé la semaine à disposer ses bulbes. Elle n'avait déjà plus que la peau sur les os à cause du cancer, mais je me souviens comme elle semblait puiser une vitalité dans la terre fraîche, les bulbes dormants et l'air vif.

Je me souviens de ses mains rouges et gercées par le froid, et de l'odeur de propre et de terre qu'elle dégageait quand elle rentrait pour se réchauffer près du poêle à côté duquel j'étais assise avec mon livre et un chocolat chaud.

- Vous ne voulez pas m'aider les filles ? lançait-elle gaiement, ragaillardie par la terre et le travail et la promesse contenue dans chacun de ces vilains oignons, me taquinant en glissant ses doigts glacés dans mon dos ou en pressant ses joues contre mon cou, s'arrêtant devant la porte ouverte du studio d'Eva pour demander encore : Vous ne voulez pas m'aider ?


Adulte, Vue Arrière, Belle, Flou


Nous marmonnions plus tard, après ce chapitre - dans un petit moment, quand j'aurai fini ces pliés, et je retournais à la chaleur intime, chocolatée de ma boisson et au monde fermé de mon livre, et Eva finissait ses pliés, commençait à travailler ses frappés.

L'idée me vient maintenant qu'elle nous avait peut-être proposé de l'aider afin de pouvoir nous parler de sa mort qu'elle sentait proche. Elle, qui avait toujours répondu franchement à nos questions concernant les oiseaux blessés ou les grands-mères malades, n'évoquait jamais avec nous ce qui lui arrivait, et je me demande si elle n'essayait pas de créer une occasion d'aborder le sujet de sa fin imminente.

Qui sait si, dehors, agenouillée sur le sol pendant que nous travaillions ensemble à enterrer les bulbes qui lui survivraient, elle ne serait pas parvenue à nous questionner sur ce que nous ressentions, ne serait pas parvenue à nous dire ce qu'elle pensait que sa mort signifiait, ce qu'elle souhaitait qu'on se rappelle quand elle ne serait plus là.

Mais tout ce que je savais alors, c'était que je ne voulais pas sortir de la maison. Il faisait trop froid dehors, et j'étais bien près du feu, faisant ce que je savais faire.  Je ne voulais pas courir le risque de croiser son regard, de devoir entendre ces mots - cancer et mourante - dans la bouche de ma mère qui avait un cancer, qui était peut-être mourante.

Chaleureux Et Confortable, Hiver

Je crois qu'inconsciemment j'avais peur que si elle me demandait ce que je ressentais, mon chagrin et ma rage déchaînés nous tuent tous. Dans un coin de moi-même que je rejetais, je pleurais déjà et je hurlais et je la suppliais de ne pas me laisser, de ne pas partir. Si je me mettais à pleurer pour de bon, seul son réconfort pouvait me faire arrêter, et si elle mourait avant d'avoir fini de me réconforter, j'en serais réduite à pleurer pour toujours. Et puis, j'avais lu quelque part que l'attitude des patients atteints de cancer pouvait être à l'origine de leur maladie ou les en guérir, et je pense que j'avais peur que si nous admettions qu'elle pût mourir, ce simple aveu la tuerait.

Aussi a-t-elle planté ses tulipes toute seule, enfoui chaque bulbe elle-même, et quand ils ont tous été en terre, elle est retournée aux fleurs de sa tapisserie et n'a plus jamais travaillé dehors.

Jardin, Jardinage, Hoe, Outils De Jardin


Quand il a arrêté de pleuvoir et que les premières feuilles de tulipe ont pointé de la terre humide, il n'était plus possible d'échapper au fait qu'elle se mourait, mais elle était alors trop faible et nous étions trop effrayés pour le lui dire.

Ce printemps-là, la clairière était entourée de feu, un cercle de tulipes rouges brisé uniquement là où le chemin la traversait. Les cerfs à demeure avaient dû grignoter une ou deux pousses précoces et décider qu'ils n'aimaient pas les tulipes, car bientôt  de toutes les fenêtres on voyait une rangée de tulipes écarlate, leur couleur vive et leur forme rudimentaire les faisant ressembler aux fleurs d'un dessin d'enfant ou aux mille fleurs de toutes ses tapisseries.

Lumières, Ombres, Couleur, Ciel, Bloom

Elles formaient une bande rouge qui séparait le vert domestiqué de notre pelouse du vert sauvage de la forêt. Tous les matins, Mère s'installait sur le lit que notre père lui avait aménagé sur la terrasse et enveloppée dans des couvertures, soutenue par des oreillers, son crâne chauve caché sous un turban, ses yeux dissimulés derrière des lunettes noirs, elles regardait ses tulipes jusqu'à ce que la chaleur insistante du soleil la renvoie à la somnolence dans laquelle elle sombrait de plus en plus souvent.


Tulipes, Tulipe, Sur Le Terrain, Champs


- Elles reviendront tous les ans, a-t-elle murmuré un jour.

Elle est morte un mois plus tard, juste au moment où la glycine à l'extrémité sud de la maison avait commencée à fleurir. Ses tulipes n'étaient plus que des tiges flétries, étouffées par le vent, affaissées au bord de la clairière.




Elle a été enterrée dans le cimetière de Redwood, un jour d'avril où la luminosité était forte et la brise âpre, un jour où nos yeux nous piquaient non seulement à cause du chagrin, mais à cause aussi de la lumière crue du soleil et du gravillon porté par le vent.


Fleur, Plante Univers, Cosmos, Unique


Un peu d'elle est encore là, j'imagine, se décomposant dans le satin et le contreplaqué du cercueil que l'entrepreneur des pompes funèbres a vendu à notre père.

Mais pour moi elle s'est enterrée elle-même dans ce cercle de bulbes, et aujourd'hui je regrette de pas l'avoir aidée à les planter".


Tulip, Après La Pluie, Gouttes De Pluie



Dans la forêt
Jean Hegland

(pp 62 à 65)






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dimanche 28 mai 2017

*Je me souviens (2)....







« Elle pouvait se souvenir de tout.
Elle pouvait tout voir par l’intermédiaire du seul œil qu’elle possédait désormais, l’œil de son esprit.
A mesure qu’elle s’approchait, la masse de la maison effaçait la lumière, autour d’elle.
Il y avait ici un pilier solitaire, qui soutenait le toit.
Elle se souvenait des enfants qui s’y balançaient, et de Liba qui leur criait d’arrêter.
Elle tendit sa canne, et toucha le pilier, juste pour être sûre, juste pour se localiser dans l’étendue ouverte de la cour, juste pour prendre plaisir dans la petite inspiration de l’homme à sa droite qui lui dit combien il était surpris de la façon dont elle était capable de s’orienter.
Mais bien sûr qu’elle en était capable.
Elle connaissait ce lieu comme… comme l’intérieur de son propre esprit. »

Simon Mawer. Le Palais de verre.


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Réf. :

Sur les épaules de Darwin - France Inter
émission de Jean-Claude Ameisen
du 1er avril 2017

"Je me souviens" (2)


Résultat de recherche d'images pour "le palais de verre"



Villa Tugendhat-20070429.jpeg



Villa Tugendhat à Brno


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En ce jour de Fête des Mamans....

je vous la souhaite bonne et heureuse avec vos petits, vos tous-petits !

Une bonne fête à toutes les mamans du monde...


Une pensée toute particulière à la mienne,  Camille,  qui a rejoint cette année les étoiles,
et qui nous manque !

Pour vous une rose de son jardin.


Je vous embrasse.


Den 




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samedi 27 mai 2017

*Les arbres..............





Si-lents-cieux, inanimés, certains les pensaient ainsi.

Et bien, non !

Un forestier allemand Peter Wohlleben raconte dans un livre passionnant publié en janvier 2017 aux éditions Arènes, que les arbres sont des êtres sociables, des humains comme les autres,  qui aiment vivre ensemble et  s'épanouir, tout en conservant le caractère qui leur est propre. Il s'entraident, s'aident, dans la maladie, les difficultés, étroitement solidaires pour survivre.

Chacun a besoin d'espace pour emmagasiner un maximum de lumière pour son développement, sous terre et hors terre.

Ses racines captent l'eau du sol, mais aussi permettent le lien  entre leurs diverses variétés.

Lorsque l'arbre perçoit un danger, il  va pouvoir produire un gaz, un message olfactif qui repoussera les attaques d'insectes, par exemple,  en avertissant ses congénères. Ce gaz sera ressenti par les arbres avoisinants qui ainsi produiront à leur tour ce même gaz.

On apprend que les arbres comptent, apprennent, mémorisent, avertissent des dangers en envoyant des messages.

Ils parlent entre eux et forment une sorte de société.

On apprend que les arbres adultes aident leurs petits par une action éducative, "à la dure", pour leur bien , à trouver suffisamment de lumière pour grandir lentement, juste ce qu'il faut... ce qui multipliera leurs chances de vivre vieux... ils leur apprendront aussi à gérer, le froid, le chaud, ils les éduqueront à la vie en forêt.

.... les graines et les racines perçoivent les différentes températures, et s'adaptent.... la nature est ainsi faite, et bien faite...

Ces données confirmées par des biologistes très sérieux, peuvent  étonner, mais aussi, réjouir et  garder encor' un peu notre coeur d'enfant !

"quand on sait qu'un arbre est sensible à la douleur et a une mémoire que des parents-arbres vivent.avec leurs enfants, on ne peut plus les abattre sans réfléchir ni ravager leur environnement en lançant des bulldozers à l'assaut des sous-bois".

Les "grands végétaux n'ont pas de cerveau, ils ne peuvent se déplacer que très lentement, leurs préoccupations sont sans rapport avec les nôtres et leur quotidien se déroule dans un ralenti extrême.
Comment s'étonner que les arbres soient traités comme des choses, même si personne n'ignore que ce sont des organismes vivants ? (...) Nous devons traiter les arbres comme nous traitons les animaux, en leur évitant des souffrances inutiles".

Merci M. Wohlleben !

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Peter Wohlleben 
"la vie secrète des arbres"
Editions les Arènes
(janvier 2017)




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extrait :

"Mais pourquoi les arbres ont-ils un comportement social, pourquoi partagent-ils leur nourriture avec des congénères et entretiennent-ils ainsi leurs concurrents ? pour les mêmes raisons que dans les sociétés humaines, à plusieurs, la vie est plus facile. Un arbre n'est pas une forêt, il ne peut à lui seul créer les conditions climatiques équilibrées, il est livré sans défense au vent et à la pluie.
A plusieurs, en revanche, les arbres forment un écosystème qui modère les températures extrêmes, froides ou chaudes, emmagasine de grandes quantités d'eau et augmente l'humidité atmosphérique. Dans un tel environnement, les arbres peuvent vivre en sécurité et connaître une grande longévité. Pour maintenir cet idéal, la communauté doit à tout prix perdurer.
Si chaque individu ne s'occupait que de lui-même, nombre d'entre-eux n'atteindraient jamais un grand âge. (...) Chaque arbre est donc utile à la communauté  et mérite d'être maintenu en vie aussi longtemps que possible" (...)



Un doux week-end à vous mes Âmi(e)s,
à chacune, chacun d'entre vous
en particulier.

Je vous embrasse.

Den

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vendredi 26 mai 2017

*femme à la fenêtre"




"femme à la fenêtre"
Ubaldo Oppi (1921)
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La période de l'entre deux guerres est celle d'un retour à une peinture classique et académique qui donne son nom au mouvement Novecento.

Les peintres cherchent à revenir aux références de l'antiquité classique dans l'harmonie de la composition, des formes.

Ils rejettent la peinture moderne d'avant-garde pour faire revivre la tradition de la peinture d'histoire.

"Nous voulons un art italien pur, inspiré de sources pures, dégagé de tous les "ismes" d'importation qui le dénaturent".


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vendredi 19 mai 2017

*..En attente de mots...



Prague, Rue, Ciel, Tchèque, Europe


"Quel besoin aurais-je  de l'horloge à eau,
nous mesurons depuis longtemps l'année en larmes ;
pouvoir inviter un ange serait une belle chose,
mais ce serait insupportable si l'ange nous invitait".

Vladimir Holan


(...)

...".En attente de mots.
Le goût de l'encre se levait sur ses pas.

Elle s'est glissée dans le livre. Elle s'est faufilée dans les pages comme un songe s'en vient visiter un dormeur,
se déploie dans son sommeil, y trame des images et mêle à son sang, à son souffle, de fins échos de voix.

Elle va partout, n'importe où, elle s'introduit où elle veut, elle traverse les murs aussi aisément que les troncs d'arbres ou que les piles des ponts. Aucune matière n'est pour elle un obstacle ; ni la pierre, ni le fer, ni le bois ou l'acier n'arrêtent son élan, ne retiennent ses pas. Toute matière a pour elle la fluidité de l'eau.




Elle avance droit devant elle sans jamais reculer.
Ses déambulations semblent mues par de secrètes urgences, et son sens de l'orientation est le plus déroutant qui soit.
Il lui arrive de s'immobiliser au milieu d'une rue déserte,  ou d'obliquer sans raison apparente. C'est qu'elle a perçu alors un bruit inaudible à tout autre. Le battement d'un coeur oppressé par un excès de solitude, ou de peine, ou de peur, quelque part dans une chambre, une cuisine, ou dans un tramway, passant non loin de là.

                                                                                                                                                    


Il n'est pas rare que le battement de coeur humain qui l'a ainsi mise en éveil et mouvement soit celui d'un coeur éteint depuis longtemps. Elle fraye avec les morts autant qu'avec les vivants, son ouïe perçoit les plus infimes souffles, les plus lointains échos.

La couleur de l'encre, mille fois séchée et ravivée, luit depuis toujours dans les traces de ses pas.

Elle s'est engouffrée dans le livre. C'est toujours de cette façon qu'elle procède, à la façon du vent.
Elle surgit sans crier gare, en un lieu et un instant où on ne l'attend pas, où on ne pense  nullement à elle.
Alors elle accapare toute l'attention. Elle passe, sans se soucier de l'étonnement qu'elle provoque, du grand trouble qu'elle jette.




Peut-être ignore-t-elle que quelqu'un vient de l'apercevoir.
Elle marche sans jamais se retourner. Elle va son chemin. Mais nul ne saurait dire où mène son chemin,  ce qui rythme sa marche, ce qui la pousse ainsi.
Elle passe, comme les chiens errants, les vagabonds, les feuilles mortes emportées par le vent.




Le vent, le vent de l'encre se lève à son passage et souffle dans ses pas.




Et le livre qui suit, n'étant composé que des traces de ses pas, s'en va lui au hasard.

***

(...)

... Car lorsqu'elle surgit elle crève le visible, elle s'impose à la vue, elle requiert l'attention de tous les sens et met le coeur en alarme.

En fait c'est l'écriture seule de ce texte qui avance à tâtons, qui louvoie à l'aventure, par défaut de vue d'ensemble et absence de repères précis.
Mais comment corriger la chronique des déambulations d'une inconnue qui ne surgit  que par intermittence dans l'espace du visible ?
Le vent, le vent de l'encre qui souffle dans ses pas fait se courber, se balancer les mots, déracine des images qui demeuraient enfouies dans la mémoire à la limite de l'oubli, et par avance effeuille les pages du livre qui ne peut être que  le fragmentaire, inachevé....





Cette inconnue, qui donc est-elle ?
Une vision, elle-même porteuse, semeuse de visions.
Une vision avare de ses apparitions. Elle ne s'est montrée que peu de fois, et toujours très brièvement. Mais chaque fois sa présence fut extrême.
Une vision liée à un lieu, émanée des pierres d'une ville. Sa ville, -Prague. Jamais elle n'a paru ailleurs, bien que certainement elle en ait le pouvoir.

(...)

... Bien qu'immense et pesante, et bien que sa claudication soit très marquée, cette femme ne fait aucun bruit en marchant.
Ses pas sont silencieux, mais son corps, lui, est chuchotant.
Un chuchotement de vent tremble dans les plis de sa robe, un discret chuchotis d'encre y frémit ;
ou bien est-ce de larmes ?".


Piazza Navona, Rome, Italie, Rue

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"La pleurante des rues de Prague"

Sylvie Germain

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Merci à Yannick et Gigi pour leurs photos transmises après leur voyage à Prague, 
pour habiller le texte de Sylvie Germain "La pleurante des rues de Prague".

Merci à eux.

Den

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